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Formations intensives - Déradicalisation


Gardiennage de refuge « doux »[i]

 

Programme de Réinsertion Sociale Musclée et "Approche Douce" - Région Rhône-Alpes-Auvergne
 


Résumé

Ce programme social et écologique testé dans les années 70 en situation naturelle devrait connaître une large diffusion dans les alpages. Synthétisant les objectifs des campagnes de MW et caractérisé par une empreinte-carbone optimale par refus d’héliportage, il souscrit aux impératifs de lutte contre la radicalisation des jeunes alpins pour un coût ridicule compatible avec un budget anti-social. Selon l'avis des élus de la région, il pourra être remplacé au pied levé par un stage polyvalent "pose de canons à neige - dépose hélico" conformément aux nouvelles orientations économiques.

 
Mots clés : prévention, radicalisation, plan montagne 2016, région, Wauquiez, gardiennage de refuge, incompétence, approche douce, montagne à vivre, installations obsolètes, recyclage de vieux souvenirs, alpinisme d'opportunisme.

 
NB : certains individus indécis craignant un canular stupide, précisons qu’il s’agit de vécu authentique. D'autre part, ce programme ne sera présenté à l'assemblée régionale qu'après validation par le C.S.U.


montée à Planchard

Montée à la Grande Ruine au-dessus du refuge Adèle Planchard (août 1978)


Introduction

Les campagnes « installations obsolètes », « changer d’approche » et « montagne à vivre » de Mountain Wilderness manquaient d’un projet unificateur, polyvalent et ambitieux comme le nôtre. S’il répond aux revendications d'écologistes vieillissant ayant adhéré à MW faute de pouvoir encore grimper, ce projet futuriste constitue une solution clé en main pour prévenir la radicalisation du jeune alpin[ii] : à ce titre, il devrait bénéficier d’un soutien enthousiaste de la région.

Conçu par un esprit visionnaire longtemps avant la COP21, notre programme écolo-alpin de rééducation disciplinaire en habitat délabré a été testé quatre fois entre 78 et 81, démontrant sa pertinence pratique et révélant les écueils à éviter.

Il serait insensé de refuser un tel programme au concours 2016 « changer d’approche » sous prétexte du hors délais (la fin des années 70 n'est pas si ancienne!) et de l'usage d'un véhicule essence (minime), alors qu'il permet une économie carbonée majeure ridiculisant les approches « douces » classiques qui ne cassent pas des briques en général.

 

Objectifs

1- Imposer à un adolescent mal dégrossi (i.e. radicalisable) une thérapie cognitivo-comportementale type "Régiment disciplinaire" (marches forcées, réveils précoces, abri insalubre, travail éco-compatible) pour contrôler la pulsion agressive-libidinale en vue d'une réinsertion sociale. (« Montagnes à vivre », "installations obsolètes")

2-  Faire preuve d'une empreinte-carbone optimale. (« Changer d’approche »)

3- Pratiquer l'accueil médico-humanitaire au lieu de la saignée financière traditionnelle du touriste par l’autochtone: soins naturels gratuits tels que grogs, vitamines, omégas 3, génépi local. (Approche éthique)[iii]

4-  Alpinisme exploratoire intensif autour du lieu d’exercice (comptabilisé sur le temps de travail). (Légitimité alpine).

5-  Un travail d’observation anthropologique critique en milieu fermé. (Formation à la critique socio-politique)


Stratégie

Pour atteindre ces objectifs, nous avons opté pour un stage "gardiennage de refuge", seule activité accessible à un public incompétent, irresponsable et intolérant aux frustrations[iv]. L’a- ou l'anti-sociabilité des stagiaires et les contraintes sécuritaires ont fait choisir un refuge loin de tout, accessible par une marche d’approche interminable. L'éloignement éliminant la concurrence permet d’imposer aux touristes un anti-consumérisme radical, réduisant le commerce au dépannage-secours le plus rustique (les fameux grogs et des vivres de survie infects).

Refus absolu d’héliportage (cœur du projet) compensé par portage humain intensif sur claie alu.

Le jeune alpin radicalisable doit être isolé pour être accessible au déconditionnement. C'est pourquoi, les multiples dimensions de l'activité (accueil, réveil, exploration alpiniste loco-régionale, conseil météorologique, communication, comptabilité, portage, cuisine, soins d'urgence, gestion des cafistes, etc.) sont confiées à un seul sujet (un jeune repéré par les services sociaux).


Méthodologie

En réalisant quatre essais successifs en montagne et par tous temps, nous évitons l'erreur grossière qui consiste à extrapoler le résultat de performances menées en conditions exceptionnelles par des sportifs surentraînés et abusivement qualifiées de « douces » pour la simple raison de l'usage d'un transport collectif au lieu d'une voiture. Ces exploits séduisent incontestablement nos jeunes mais chacun sait pourtant qu'ils ne sont jamais répétés: ces aventures artificielles ne valent pas mieux qu'une expérience en laboratoire non reproductible en conditions naturelles.

Précisons que nous refusons les dons d’entreprises en quête de virginité écologique, prenant sur nos fonds propres pour financer nos essais, réinvestissant les maigres bénéfices de chaque saison de gardiennage dans l'essai suivant.


portage

Portage juillet 1979

Mise en route des réacteurs avant décollage du refuge UCPA de l’Alpe de Villars d’Arêne

 

Evaluation / analyse

Sur quatre essais, seul l’essai 2/4 (durée 5 semaines) est rapporté ici, pour la bonne raison, qu'ayant frisé la catastrophe, il est le plus instructif pour identifier les sources d'échec possibles. L’expérience ayant été largement détaillée dans divers travaux (i[v]), nous laissons de côté les points anedoctiques (l'euphorie produite par l’accueil humanitaire gratuit et les mutineries réactionnelles à la cuisine calamiteuse) pour nous concentrer sur le point central, raison d'être du projet, la réduction de l'empreinte-carbone à trois fois rien. Or, dans cet essai (contrairement aux trois autres), le bilan a été désastreux, ce que nous analysons maintenant:

Rappelons que nous avons utilisé une 2CV6 pour le transport du stock alimentaire de base: un seul transport Grenoble-Villars d’Arène. Une fois le stock monté à dos en début de saison, nous portions les produits périssables en temps réel et bipédie intégrale, depuis l’épicerie du bled local jusqu’au congélateur du refuge[vi]. Au total, nous n'utilisions aucun propulsion à énergie fossile durant cinq semaines après le transport initial (en négligeant celle nécessaire pour produire l'alimentation du porteur).

Cette économie carbone a induit, par l'effet vertueux de la pénibilité du portage, une limitation du port de liquides (alcool) et de l'ensemble des apports caloriques, ceci faisant de notre refuge un Centre-Expert de frugalité.

Ajoutons, une consommation de gaz en chute libre pour des raisons bien identifiées. Nous avons noté que le ballant du liquide dans la bouteille de gaz produit un sérieux mal de mer tandis que le centre de gravité de la charge oblige à une inclinaison thoracique à 45° d'un ridicule achevé. Ces inconvénients ergonomiques ont amené le stagiaire, nauséeux et soucieux de son image sur les réseaux sociaux, à tout faire pour éviter un deuxième port de bouteille (par exemple, modérer la température de la soupe, d'où l'absence de brûlures de langues constatées durant l'essai).

Bref, le bilan aurait été incontestablement favorable si le gardien kamikaze n’avait précipité (et donc détruit) la 2CV de service au fond du ravin entre La Grave et Villars d'Arêne. Si le véhicule et son pilote n'ont pas explosé malgré le butane à l'intérieur, performance remarquable avec un tel public, notre bilan carboné n'en a pas moins été brutalement aggravé (évidence absolue qui nous a dispensé de chiffrer précisément le coût énergétique de l'opération).

Notons pour l’anecdote que ce bilan faillit empirer quand les planches d’une cabane de stockage détruite par une tempête furent aspirées et débitées par les pales d’un hélicoptère de secours. Outre l’effet médiatique déplorable (dénigrement de cette expérience exemplaire par des secouristes terrorisés), un accident d'hélico eut fait exposer notre bilan carbone, scellant le sort d’un projet qui, justement, boycottait l’hélicoptère. A y bien regarder, on s'en est pas trop mal tiré.


Evaluation à long terme

Ces inconvénients techniques ne se reproduiront plus jamais, contrairement aux conséquences orthopédiques (gonalgies, cartilages et ménisques HS): ces dernières obligent à afficher des précautions qu'on saura ne pas appliquer si l'on veut laisser le libre marché faire son beurre et l'argent du beurre avec ou sans loi El Khomry. On citera pour mémoire : limitation des charges à 49,3 kg, contrôle du rythme de portages, obligation à repos minimum, salaires pas trop inférieurs au SMIC.

 

Conclusion

(Cette conclusion pourra être modifiée du tout au tout de manière à satisfaire les élus de la région, connus pour leur soutien sans faille à une économie basée sur de lourds investissements profitable à court terme aux amis du secteur)

Nos quatre essais nous confèrent une expertise inégalée, permettant d'éliminer les ennuis décrits ci-dessus. Ceci nous autorise à imposer à grande échelle et en sécurité notre programme de portage humain en refuge, dont le bilan énergétique, humain et alpin sera inégalable, dès lors que les coûts des carburants d'origine fossile auront été équitablement renchéris.

Enfin, point ultime et décisif, la lutte contre la radicalisation chère aux humanistes désintéressés qui font honneur à la région, elle devrait nous valoir de grosses subventions, prises sur les économies réalisées ailleurs (FRAPNA, MW, etc...).

 

Planchard

Refuge Adèle Planchard, août 78


Caractéristiques techniques

Gardiennage du Refuge Adèle Planchard (S.T.D., 3173 m, 18 places, Massif des Ecrins, Villard d’Arêne), durant quatre courtes saisons d'été de 78 à 81. Notre stagiaire (X) garda le refuge en août 78 puis juillet 79 (juillet 78 et août 79 étant assuré par le gardien antérieur totalement hélico-dépendant.

En juillet 1981, débuta la construction du refuge actuel: après quinze jours de gardiennage par X, le refuge fut fermé aux montagnards et X transformé en cuistot de chantier. L'enneigement important retarda les travaux et nécessita l'intervention d'un groupement de chasseurs alpins armés de pelles, mobilisés pour cette grande cause (nationale?). Les explosifs utilisés pour creuser les fondations étaient manipulés par des experts, pêcheurs à la dynamite en lacs de montagne, ce dont ils se vantaient immodérément à la veillée, tandis qu'il demandaient au gardien de les perfuser au Kiravi-village (en cubitainer économiques): on notera l'héroïsme dudit gardien qui résista à la tentation de les empoisonner et fuir après avoir brûlé le refuge.

Selon nos observations de juillet 81, le matériel utilisé fut en partie puisé dans le Parc National des Ecrins en toute illégalité (sable de moraine pour ciment), facteur d'économies conséquentes sur le budget hélico. Economies dont on espère qu'elles furent répercutées au bon endroit dans la comptabilité, l'ouvrage ayant bénéficié de subventions publiques. Les plans furent simplifiés avec une admirable détermination par le constructeur, lequel appliqua la bonne vieille méthode du fait accompli (sans concertation préalable avec l'architecte dont la stupéfaction défigura le visage quand, quinze jours après le début des travaux, il débarqua sur site).

L’essai présenté dans le présent article correspond à 1979: juin-juillet.

Le personnel comportait 1 stagiaire prinicipal (X), parfois assisté de bénévoles exploités sans vergogne et que nous laissons délibérément dans l'obscurité. Lors de l'essai 3 (1980), après avoir effectué les portages de début de saison, ce stagiaire (X) fut remplacé par deux équipes de deux agents entre mi-juillet et août, X étant missionné en portage intensif (bières) au tarif du portage hélico sur un refuge savoyard (Carro).

Au refuge Adèle Planchard, pour un prix de nuitée imbattable (même à l'époque: 5 à 15 Nouveaux Francs Français selon affiliations), le touriste bénéficiait d'une aération permanente sans VMC, avec neige intra muros durant les tempêtes, audio-cloisons à étagères vibrantes au gré du vent. Câbles de tenue du refuge flasques permettant d'envisager un envol expérimental de l'habitacle.

Le vieux refuge, dont les plans initiaux validés par le PNE indiquaient la destruction, a finalement été conservé et consolidé.

La décharge autour du refuge qui faisait hommage à cent ans de dégustation de corned beef a été nettoyée les années suivantes.

 

 



[i]  Le terme doux implique « douceur » écologique mais aussi mœurs délicates et civilisées, défi qu’il fallait relever.

[ii] Intégrer cette dimension préventive aux campagnes MW augmenterait les chances de récupérer la subvention régionale.

[iii] Cet objectif cité pour mémoire est dépassé aujourd’hui: source d’assistanat et fraternité, valeurs mélancoliques dont la nocivité a été souvent dénoncée par notre président de région.

[iv] Le travail de berger aurait conduit à des pertes animales inacceptables.

[v] Les Dents de la Meije, Alain Chellous, Lulu.com, 2010 (Disponible ici) et Ruine, Alain Chellous, Lulu.com, 2012, disponible ici

[vi] Congélateur isotherme sans apport énergétique externe, qui n’est rien d’autre que le refuge lui-même.



Documentation

Reportage photographique sur usdmhd.org ici

Les livres cités en références ci-dessus (notes)

vue du refuge

Le glacier de la Plate des Agneaux encore épais en août 1978


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