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L'Oeil du Dauphiné

Département d'Histoire Economique et de Médecine (Rhéthéroïque Médicale)

 

Morbiditif


meije et croix


La Rhétorique Médicale Alpine permet au praticien libéral pragmatique de consolider l’alliance sacrée du colloque singulier. Tout en améliorant l’économie du cabinet.

Pour illustrer concrètement son utilité en clinique provinciale, nous donnerons deux exemples. Dans le premier, l’usage maîtrisé du vocabulaire favorise l’adhésion d’un patient inquiet au soin proposé. Le second vaut réforme économico-scientifique.

 

1 – morbide : un missile léger pour frappe chirurgicale

L’obésité, fléau florissant en zone suburbaine, est considérée  comme une maladie. La forme la plus sévère, dite morbide est un facteur de risque pour diverses maladies, la mortalité est augmentée[i]. Parmi les traitements proposés, la chirurgie bariatrique est le moyen le plus rapide pour réduire les barriques[ii], de quoi faire rêver celui qui s’épuise à grossir.

Mais les esprits chagrins s’inquiètent : que penser des complications possibles ? La multiplicité des causes à cette morphologie n’est-elle pas susceptible d’induire récidive ou rupture d’équilibre ? Que prédire à long terme ? Ces rabat-joie infiltrés jusqu'au coeur de sa clinique privée sont susceptibles d'influencer le désir ambivalent de ces natures généreuses et flottantes: s’il veut emporter leur décision, le chirurgien doit combattre sur le terrain.

C’est là qu’intervient notre discipline en fournissant au spécialiste un objet simple à enfourner dans le cerveau avide qui couronne cet estomac surchargé. Durant le maigre entretien qui prélude au projet opératoire, notre qualificatif fera mouche, ses deux phonèmes signifiant très exactement où mène un bide débordant. Surtout pas de dictionnaire incapable d’affoler puisqu’il fait du fatal mor-bide un simple synonyme de maladif, malsain, anormal, sans la charge dramatique nécessaire à l’action[iii]. Par magie connotative, notre faible diagnostic devenu redoutable pronostic sépare désormais le monde des morts et des vivants. Sortant de consultation, résolution est prise car il s’agit d’être opéré ou de mourir. Voyant son cercueil porté par quatre futurs lombalgiques, le patient condamné considère ceux qui tergiversent face à l’opération (le psychiatre dont on craint le jugement négatif ou la sécu pinaillant sur le dossier mal ficelé) comme des assassins. Moyennant un modeste dessous de table au sauveur (quelques mois de salaire en banlieue feront l’affaire), le défunt survivra, allégé du poids de la mélancolie et de la crise économique.

C’est ainsi qu’on obtient l’assentiment éclairé du patient, condition nécessaire au traitement optimal.

 

2 – comorbidité : un fusil longue portée pour classificateur et prescripteur.[iv]

Le soignant a besoin de malades, donc de maladies. On croit suffisante la souffrance sur terre et dans les hôpitaux, nombreux les défis thérapeutiques, les malheureux à soigner. Cette généreuse distribution ne satisfait pourtant pas : il faut une croissance. Une économie dynamique n’attend pas en pantoufles l’hypothétique apparition du mal, elle innove. Par exemple, en inventant des maladies[v].

Distinguons deux méthodes. L’une élargit le champ d’une pathologie existante, repère en quoi l’être qu’on croyait sain relève d’une catégorie atteinte mais en est exclu par des critères stricts, ce qui le prive d’un traitement curatif précoce ou préventif (de préférence médicamenteux sinon à quoi ça sert ?). L’autre méthode scissionne l’unité, distingue plusieurs types, multiplie les maladies. La première méthode augmente la population d’un royaume, la seconde relève du particularisme, de l’indépendantisme, elle multiplie comtés et baronnies qui ont soif de reconnaissance. C’est au service de cette dernière que notre outil est utile.

Cette comorbidité incontournable dans le lexique médical moderne définit l’association de deux maladies. Qu’on suppose existantes individuellement et indépendantes. Or, on l’a compris dans notre premier paragraphe, la morbidité n’indique pas volontiers ce qu’elle définit précisément : elle indique une maladie, non la mort, mais une maladie qu’on ne nomme pas maladie. En résulte un flou : cette morbidité est une trouble maladie.

La psychiatrie dont on sait l’intérêt qu’a pour elle l’industrie, laquelle applaudit aux prescriptions longue durée, a un champ difficile à circonscrire comme en témoignent les débats classificatoires autour des fameux DSM, conçus par la recherche anglo-saxonne puis étendus à l’utilisation diagnostique courante en pays francophones. Ces annuaires proposent, en lieu de maladies, des troubles aux nombreuses variétés selon la méthode multiplicative. Dès lors, la comorbidité s’applique à l’association de deux troubles d’identité et valeur parfois discutable. Des troubles qui pourraient bien n’exister qu’associés à d’autres troubles, ce qui éloigne de la conception traditionnelle d’une maladie se suffisant à elle-même. De cette multiplication diagnostique que les mauvaises langues imputent aux liens d’intérêt de nombre de créateurs desdites affections[vi] résulte la conséquence thérapeutique : une maladie sitôt nommée mérite légitimement son traitement (pharmacologique de préférence).

La multiplication diagnostique étant contestée, il nous faut, camarades, consolider l’assise de nos morbidités pour leur donner pleine existence : à défaut de solides concepts, faisons feu de mille comorbidités. Evitant de discuter valeur et définition des morbidités qui s’y dissimulent, nous validerons leur existence : si on peut associer ces divers troubles, c’est donc qu’ils existent réellement. S'ils existent, il faudra des spécialistes pour les diagnostiquer, des traitements pour les traiter.

Qui  peut douter de l’utilité de notre discipline ?  

 

Notes du démineur de service:

1 - L'article ci-dessus est une copie approximative du brouillon du cours inaugural de Rhétorique et Sémantique Médicale de l'USDMHD

2 - Le professeur de sémantique s’est barré sur l'alpage, fuyant le 4X4 d’un chirurgien bariatrique aux motivations morbides. Avant de disparaître, il a prétendu respecter la souffrance des malades quels qu’ils soient et n'avoir voulu blesser personne. On ne connaît pas la date du prochain cours mais il faudra probablement attendre la Toussaint.



pic du galibier

[i] L’obésité morbide est caractérisée par un Indice de Masse Corporelle (IMC) supérieur à 40 kg / m2. Elle favorise diverses maladies dont diabète, hypertension artérielle, accidents vasculaires cérébraux ou cardiaques arthrose, stéatose hépatique…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ob%C3%A9sit%C3%A9#Cons.C3.A9quences

Note : La revue Prescrire d’Avril 2014 qui est (à peu près) à la presse médicale ce que MDP est à la presse nationale, présente une synthèse : Obésité, les premiers choix.

 

[ii] Barriques assone avec bariatrique. Aucun moquerie de notre part : la cible est ailleurs !

[iii] Définition du Larousse en ligne : 1 - Qui relève de la maladie, la caractérise ou en résulte : État morbide. 2- Qui a un caractère malsain, anormal : Curiosité morbide. Une littérature morbide.

[iv] Une définition en ligne ici

Association de deux ou même plusieurs maladies ou troubles différents et indépendants, tels qu'ils sont individualisés par les classifications en cours. Ainsi, une affection comorbide a existé ou peut survenir durant l'évolution clinique d'un patient qui a une maladie étudiée (A.R. Feinstein, 1970).

Cette notion née de l'épidémiologie a souvent des implications pronostiques péjoratives. L'étude du lien entre affections comorbides peut améliorer certaines de nos connaissances étiopathogéniques.
Il convient de toujours préciser : la période de temps prise en considération (dans le moment présent, sur un mois, six mois, la vie entière) ; la population étudiée (générale, clinique, échantillon particulier).
Le type de cette association est divers : biais de sélection (au sein de populations particulières), relation de causalité (entre un trouble et l'autre), facteurs étiologiques communs, manifestations distinctes d'un même trouble, stades différents d'une même maladie (fause comorbidité dans les deux derniers cas).
Les études de comorbidité ont porté principalement sur les pathologies affectives (anxieuses et dépressives), les troubles des conduites (surtout liés à l'utilisation de substances toxiques, dont l'alcool), les troubles de la personnalité, et sur les affections évolutives associées à ces derniers (personnalité évitante et symptômes phobiques, p. ex.). L'histoire naturelle de ces manifestations peut en être éclaircie et certains facteurs de vulnérabilité s'en trouver précisés.

[v] Par exemple « Fabriquer des maladies pour vendre des médicaments » de Barbara Mentzes, in Prescrire Janvier 2007.

[vi] DSM V : malades de conflits d’intérêt, Revue Prescrire d’octobre 2014






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